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Ecrits

La main de l’homme.
« Je n’aime point la peinture raisonnable. » Eugène Delacroix

J’aime, dans une peinture, sentir la main qui a cherché - cela veut dire qui a oublié où la menait son chemin, qui ne savait plus et a quand même continué énergiquement ( en désespoir ou tout aussi bien, parfois, en joie de cause, venant d'’un risque profond pris sur le fil de la vie même du tableau, ou de sa mort). J’aime sentir que la victoire fut le fruit d’une partie comme perdue d’avance. Art menant ailleurs que là d’où parti.

La peinture, donc, se mesure à l’aune du risque qui a été pris : la réussite ne peut venir d’autre chose. Je pense à ces peintres qui terminent à la main, parce qu’on ne peut plus faire autrement, et parce que l’artiste ressent le besoin de faire sentir jusqu’à la fibre nerveuse : pensée en acte. Cette part de fibre, fulgurance d’un esprit, est la vie même de la peinture. Je crois en l’engagement entier du peintre. J’imagine que cette particulière vibration est ce qui restera quand les idées caduques se seront éteintes. C’est la raison pour laquelle je lutte ardemment contre le goût du froid, contre cette tentation des idées aussi qui nous a envahis. Quelle misère! Heureusement, c’est fini.

Quel critère? Faire tenir les toiles devant les grands événements de nos vies que sont naissances, morts et rencontres. Et je ne vois pas bien comment cela pourrait se faire autrement que par et dans l’intensité.

De là, en tout cas, vient mon goût pour la force expressive de certaines peintures (le grand Rubens du Musée des Augustins à Toulouse, par exemple, fut un des chocs de ma vie). Plus que tout, m’émeut celui qui a tout donné, parce qu’il a tout risqué. Et c’est justice qu’il en soit ainsi, que la vraie liberté ne soit donnée qu’au fond de l’engagement, dans son champ affronté. J’aime sentir la tension qui résulte de cette libération d’énergie.

Certaines peintures font naître un sentiment étrange et si beau de profonde humanité, mélangé de pauvreté et d’un irréductible fond de sauvagerie qui existe en tout artiste. Je veux d’abord sentir la traversée, et qu’il a fallu traverser bien des choses, et que l’on en a été soi-même traversé. Expérience et fruit d’une expérience. Lutte.

Pour autant, l’art doit être bâtisseur, et puise sa source dans la méditation.

Philippe Ségalard
Février 2004


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